Johann Soufi et le droit international : pourquoi un avocat parlerait-il « contre » le droit international, en affirmant qu’il n’existe pas/plus ?

Johann Soufi est une figure bien connue du réseau X. Les évènements tragiques qui se sont enchaînés depuis le 7 octobre 2023 l’ont conduit à de nombreuses expressions sur ce réseau, argumentées, par exemple, en défense de l’existence et du travail de la CPI.

Aujourd’hui, il publie une tribune via « Libé », un quotidien dont nombre de ses rédacteurs, représentants, sont liés à Israël, passent leur temps à défendre Israël, notamment en diffamant des opposants à cet Etat colonial, raciste, suprémaciste. 

Le texte est présenté par quelques mots, « Pour l’avocat, Johann Soufi, l’intervention américaine acte un effondrement du droit international« . D’autres violations sont citées, à commencer par l’Iran, avant la Palestine, mais là, Israël n’est pas nommé – est-ce parce que, à travers la Palestine, c’est Israël qui est visé ou… ?

Ce thème de « l »effondrement du droit international » est devenu omniprésent, notamment sur le réseau X. Et c’est étonnant. En effet, par exemple, le droit pénal existe, et il y a tous les jours des milliers de personnes qui, en France et ailleurs, ne respectent pas les interdits, commettent, une infraction, un délit, un crime, et c’est par le fait même de les avoir préalablement identifiés en droit qu’ils peuvent être poursuivis, en fait. Les infractions/délits/crimes ne font pas disparaître le droit, au contraire.

Pourquoi en irait-il autrement avec le droit international ? Est-ce que le droit international est écrit en disant qu’il est totalement virtuel, et ne vise ni la réalité, ni à être utilisé dans la réalité ? Non. Mais pourquoi diable alors aller répéter cette même antienne, insensée ? 

Le droit international compte peu de juridictions, par comparaison avec les droits nationaux, qui peuvent compter plusieurs types de tribunaux. Dans les Etats, les individus et les organisations sont soumis à une entité supérieure, qui se divise en deux, avec le monde judiciaire, avec la « justice » (les tribunaux), et le bras armé, la police. Pour les relations entre Etats, le monde judiciaire se résume à la justice, avec la CIJ, la CPI, les tribunaux de commerce internationaux. Des poursuites jusqu’aux décisions, condamnations, les moyens ne sont pas les mêmes que pour les tribunaux nationaux : avec ceux-ci, la force de police, les huissiers, garantissent une application, alors qu’au niveau international, ces forces-de-loi peuvent ne pas exister ou être limitées. Est-ce à dire que le droit international s’effondre ? Ne peut s’effondrer que ce qui s’est élevé, et le droit international, bien que construit par des principes, textes, articles, est, depuis son apparition jusqu’à aujourd’hui, faible. Soit il est impossible à mettre en place, parce que les Etats maintiendront que leurs volontés et actes sont au-dessus de lois humaines universelles, soit il est possible de le mettre en place, et alors, il faut constater que les voies choisies n’ont pas été adaptées, efficaces. 

Et voilà que pour commencer son argumentation, Johan Soufi cite Jean de la Fontaine et la célèbre maxime d’une de ses fables, « la raison du plus fort est toujours la meilleure« . Un propos qui paraphrase le propos du Thrasymaque, dans La République, de Platon, pour lequel la force donne le droit d’être injuste. Un livre qui démontre que, en aucun cas, les injustices, hélas, bien « réelles », n’effacent le sens, la pertinence, la valeur, de la « justice », puisque c’est elle qui fait apparaître les injustices pour ce qu’elles sont ! Donc, si les principes pratiques du droit international ne sont pas, encore, à la hauteur, de son principe même, le principe continue de valoir et il faut donc travailler à construire le droit international, comme les droits nationaux qui, trop souvent, peuvent être injustes. Et ces deux dernières années, nombre avaient cru comprendre que Johan Soufi affirmait l’existence et la pertinence de ce droit international, par exemple, celui de la CPI. A propos duquel des apories ont été exprimées sur ce blog

Les actions diligentées par l’Etat fédéral américain n’étaient pas autorisées par le droit international. Leurs auteurs les ont accomplies, en connaissant ce fait, de droit. Les réprobations, mondiales, en attestent. Puisqu’elles contreviennent à des obligations, elles doivent être poursuivies. Nous verrons si elles le seront et par qui. A l’intérieur même des USA, il n’est pas certain que la volonté fédérale soit satisfaisante, pour la juridiction devant laquelle le président vénézuélien a été présenté, hier. Mais il y a quelques jours, quelques semaines, les Etats-Unis ont tué des civils, au Nigéria, en Iran, comme ils l’ont déjà fait auparavant. L’un des plus puissants Etats agit contre le droit international, depuis longtemps. Il s’est rendu coupable d’assistance à génocide, par la fourniture des armes à Israël. Si le droit international a du mal à juger et condamner les actes commis par les Etats-Unis, et ce notamment parce qu’il y a trop peu d’Etats éthiques pour soutenir de telles requêtes devant les juridictions évoquées, les peuples du monde peuvent, eux, juger et condamner, par exemple, par un boycott explicite, organisé. Or, même là, il y a apathie. Le problème n’est donc pas l’existence ou l’inexistence du droit international, mais le manque de volonté pour affronter le Frankestein américain. Les lâchetés collectives sont plus certaines et plus graves, puisqu’un message est ainsi adressé à l’agresseur : vous pouvez continuer.

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