Le 1 mai 2024, lors d’une manifestation à Saint‑Étienne, le fantôme Raphaël Glucksmann, qui tentait de s’immiscer dans une manifestation, a été conspué par des manifestants, dont certains présentaient des drapeaux de La France Insoumise (LFI). En réaction, Raphaël Enthoven a publié sur le réseau X un message très virulent : il a qualifié LFI de « mouvement détestable, violent, complotiste, passionnément antisémite », ajoutant que ses membres étaient « tellement cons » et le qualifiant de « club de déficients ». Les personnes juives, comme Glucksmann et Enthoven, ne peuvent pas être critiquées, rejetées, sinon, un Enthoven, juge et partie, accuse des citoyens français d’être antisémites. Difficile de faire plus forceur… La LFI a déposé plainte pour… « injure publique », réclamant 10 000 € de dommages‑et‑intérêts, arguant que les propos d’Enthoven excédaient les limites de la liberté d’expression et portaient atteinte à la réputation du parti. Pourtant, il y avait là surtout une diffamation publique, visant à relier les membres et sympathisants de la FI avec l’antisémitisme, un racisme.
L’affaire avait été renvoyée devant le tribunal correctionnel de Paris. Au cours de l’audience du 23 septembre 2025, Enthoven a expliqué que ses paroles avaient été exprimées « sous la colère » et a développé la notion d’« antisémitisme d’atmosphère », citant des exemples de discours et d’illustrations qu’il jugeait antisémites au sein de LFI. Le jugement du 6 novembre 2025 a relaxé Enthoven du délit d’injure. Les magistrats ont estimé que les propos, bien que « outrageants » et « injurieux », s’inscrivaient dans le « débat d’intérêt général » déclenché par les violences du 1 mai 2024 ; qualifier LFI de « passionnément antisémite » n’excédait pas les limites de la liberté d’expression et constituait une opinion légitime dans le cadre du débat public .cLe coordinateur national de LFI, Manuel Bompard, a dénoncé le « délibéré absolument incompréhensible », tandis qu’Enthoven a réaffirmé son affirmation, affirmant que le parti était « le premier parti antisémite de France » et que cela relevait du débat.
En droit français, l’incitation à la haine ou la discrimination envers une communauté religieuse constitue un délit (art. 24 de la loi 2004‑227). Une accusation d’antisémitisme, lorsqu’elle est avérée, entraîne des sanctions pénales et civiles importantes, car elle touche directement la dignité d’une communauté protégée. En relaxant Enthoven, le tribunal a posé que l’usage du terme « antisémite » pouvait être considéré comme une simple opinion, même lorsqu’il s’applique à un parti politique entier. Cette interprétation affaiblit la protection juridique contre les accusations infondées. Elle ouvre la porte à la diffusion d’allégations graves sans obligation de preuve, sapant le principe selon lequel toute accusation de haine doit être étayée. Elle crée un précédent où la liberté d’expression prime systématiquement sur la protection des groupes visés, même si les propos sont potentiellement diffamatoires et alimentent la stigmatisation. Autoriser la qualification d’un parti de « passionnément antisémite » sans contrôle judiciaire risque d’alimenter un climat d’incitation indirecte à la haine : les auditeurs peuvent percevoir ces propos comme factuels et reproduire l’accusation, renforçant les préjugés. Cela pourrait décourager les victimes ou les organisations de porter plainte, sachant que les tribunaux pourraient considérer les fautifs comme auteurs/contributeurs d’un « débat d’intérêt général ».
Bien que la liberté d’expression soit un pilier de la démocratie, la décision du tribunal de Paris semble établir une frontière trop souple entre opinion et diffamation lorsqu’il s’agit d’accusations d’antisémitisme. Pour préserver à la fois le débat public et la protection des communautés contre les allégations non vérifiées, il serait souhaitable que les juridictions exigent davantage de preuves avant de considérer de telles accusations comme relevant simplement de la liberté d’expression.